« 82% des chargés d’accueil sont fiers de leur métier. Seulement 25% se sentent reconnus et valorisés par leurs élus. Ce paradoxe mérite qu’on s’y attarde », affirme Aurore Thibaud, cofondatrice de Laou.
Depuis dix ans, Laou travaille aux côtés des professionnels de l’attractivité pour les aider à définir, piloter et opérer leur stratégie d’attractivité talents.
L’enjeu originel est souvent celui d’une démographie peu dynamique, voire d’une perte d’habitants.
Si cet enjeu démographique fait de plus en plus l’objet d’une prise de conscience des élus, les services hospitalité ne sont pas encore reconnus à la hauteur de leur réponse à cet enjeu. Nous les voyons pourtant accompagner des familles avec une implication et une conviction qui forcent le respect. Surtout, ce qu’ils font est utile, concret, mesurable et mérite d’être reconnu.
C’est pourquoi nous avons souhaité interroger les chargés d’accueil lors d’une enquête menée en janvier 2026, en collaboration avec la Chaire Attractivité et Nouveau Marketing Territorial de l’IMPGT d’Aix-Marseille Université, et rédiger à partir des résultats ce manifeste pour la reconnaissance du métier hospitalité.
Un état d’esprit ne suffit plus : ce métier a besoin d’un référentiel
Qui sont les chargés de mission hospitalité ? 82% de femmes, 70% de diplômés à bac+4 ou bac+5, 57% issus du privé ou de l’associatif.

Issu de l’enquête sur le métier d’accueil / hospitalité menée par Laou en janvier 2026.
Ce qui frappe d’abord dans ce portrait robot, c’est la diversité des chemins qui mènent à ce métier : tourisme, développement économique, sciences sociales, commerce, urbanisme, enseignement. Il n’existe pas de formation dédiée à l’accueil de nouveaux habitants et, contrairement au développement économique ou au tourisme, l’attractivité résidentielle ne dispose d’aucun cadre légal, d’aucun référentiel commun défini par la loi NOTRe. 50% des chargés de mission hospitalité exercent seuls sur ce sujet au sein de leur structure.
« Ce métier, c’est plutôt un état d’esprit qu’un parcours type, précise Aurore Thibaud. Chacun arrive avec son bagage, sa façon d’accompagner et c’est ce qui enrichit le réseau d’accueil dans son ensemble. Mais aujourd’hui, quand de nouveaux services hospitalité se créent, la première question qu’on nous pose c’est : avez-vous une fiche de poste, un cahier des charges ? Jusqu’où aller dans l’accompagnement ? L’enjeu majeur pour l’avenir de ce métier : lui donner un véritable cadre. »
Ce métier a besoin de profils polyvalents, de femmes et d’hommes de réseau
62% des chargés de mission accueil et hospitalité exercent parfois à temps plein à l’échelon départemental, et plutôt à mi-temps à l’échelle intercommunale, souvent en cumulant animation territoriale, développement économique ou programme Petites Villes de Demain. Une polyvalence qu’ils revendiquent : plus ils connaissent leur territoire, mieux ils accompagnent les familles.

Mais ce que l’enquête révèle surtout, c’est l’ampleur de la charge invisible.
Après chaque rendez-vous candidat, 47% passent entre trente minutes et plus d’une heure à travailler le dossier. Recherche d’offres d’emploi, transmission de CV aux recruteurs, identification de logements, mise en relation avec les agences immobilières, les artisans, les acteurs de santé. Sans compter les questions sur la scolarité, les modes de garde, les transports, les associations.
En moyenne, un candidat est contacté trois fois par téléphone pendant son parcours. Et après l’installation, 77% des chargés de mission accueil nouveaux habitants accueil continuent d’accompagner le foyer sur tous les aspects de l’intégration pendant six mois ou plus pour 38% d’entre eux.
« L’accompagnement humain des chargés de mission accueil et hospitalité demande une implication importante, au-delà de ce qu’on peut observer dans des missions traditionnelles de collectivités. Leur valeur ajoutée ? Cette connaissance fine du territoire qu’ils mettent au service du projet de chaque famille, constate Aurore Thibaud.
La question du logement reste problématique pour un chargé d’accueil sur deux et l’une des tâches les plus chronophages, quand il faut trouver un logement pour une famille, voire faire des visites ou des démarches administratives à leur place. Pour un profil très recherché, on déroule le tapis rouge, c’est évident mais le faire systématiquement pour tous les profils est intenable pour la majorité des chargés d’accueil interrogés.
Logement : quand les chargés de mission hospitalité prennent les devantsLa pénurie de logements est le premier obstacle cité par un chargé d’accueil sur deux. Pourtant, certains construisent des réponses concrètes, souvent en dehors des sentiers battus. Un partenariat sur-mesure avec Gîtes de France Le logement passerelle Repérer et mobiliser les logements vacants |
Ce métier a besoin d’être compris pour être valorisé.
Les obstacles du quotidien sont clairement identifiés : difficulté à mobiliser l’écosystème local dans la durée, nécessité de relancer régulièrement un volume important de familles pour réussir à avoir des installations, manque de temps ou de budget.
Mais il en est un, plus insidieux, que l’enquête met en lumière : le manque de reconnaissance institutionnelle. Seuls 25% des chargés de mission accueil se sentent compris et valorisés par leurs élus. 50% se sentent compris, mais peu valorisés. 25% : ni compris, ni valorisés.
Un chiffre qui interpelle, quand on sait l’ampleur du défi démographique qui vient pour nos territoires : baisse et vieillissement de la population.

« Un écosystème qui n’est pas au courant de ce que font les chargés de mission accueil nouveaux habitants, de leurs succès comme de leurs difficultés, ne peut ni les comprendre ni les valoriser. Alors comment faire, facilement et avec peu de budget pour expliquer et montrer les résultats obtenus par ces équipes ?
- Mesurez l’impact réel de vos installations.
Combien de familles installées ? Dans quelle commune ? Où travaillent-elles ? Quelle activité économique ont-elles créée ? “Grâce à CATI, vous disposez déjà de données précises pour démontrer la valeur de votre politique d’attractivité et défendre votre budget avec des preuves”, assure Aurore Thibaud. Nous travaillons également sur une fonctionnalité de calcul d’impact ‘automatique’ directement sur CATI, avec Olivier Portier, analyste territorial.
- Adressez à vos élus une newsletter trimestrielle.
“Trois ou quatre rubriques, une photo, quelques mots sur vos résultats trimestriels, aussi partagés sur LinkedIn. Cette communication régulière, qui vient répéter votre mission, et l’ancrer dans la tête des élus, pèse plus que votre rapport annuel, » détaille la cofondatrice de Laou.
Six familles installées dans un territoire, c’est un emploi créé.
Des enfants dans les écoles, un médecin qui accepte enfin de s’installer, une entreprise qui recrute le profil qu’elle cherchait depuis deux ans. Derrière chaque installation, il y a un chargé de mission hospitalité qui a fait le travail : souvent seul, souvent à temps partiel mais toujours avec conviction et envie de promouvoir son territoire.
Ces professionnels ont besoin de formations et d’échanges
63% des chargés de mission hospitalité ont appris leur métier grâce aux retours d’expérience de leurs collègues, 46% sur le terrain, 40% via les conseils et le suivi de Laou. Une majorité d’informel : logique pour un métier qui n’a encore aucune formation dédiée. Et pourtant, la grande majorité se projette dans ce secteur : prendre plus de responsabilités, élargir leurs missions, diriger un pôle accueil. Seuls 8% envisagent de changer totalement de métier. Ce n’est donc pas un métier de passage : c’est un métier d’engagement.
« La raison d’être des Rencontres de Laou, c’est précisément de donner aux chargés de mission accueil un espace pour se rencontrer, échanger, apprendre les uns des autres. Pour un métier sans formation préalable, c’est d’autant plus important d’avoir accès à des événements qui permettent de grandir ».
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